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le chat Olympe, antalgique et anxiolytique
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Bonjour à tous, après une absence que je n'aurais pas crue si longue, j'ai été contrainte au silence par une méchante maladie qui m'a valu une semaine d'hôpital et qui me tient encore en convalescence pendant quelques semaines.
Heureusement il s'avère que cette maladie se soigne et qu'avec une opération chirurgicale je serai débarrassée des risques de récidive. Cela aura lieu a la fin du mois de mars et nécessitera encore une période de convalescence.
j'ai pu remettre ma cervelle en état de fonctionner et je peaufine un recueil de contes dont je vous avais déjà parlé. En parallèle je me suis inscrite à une masterclass en ligne dirigée par Bernard Werber, un auteur que j'aime beaucoup pour son écriture et ses grandes qualités d'humanistes. Les exercices littéraires qu'il propose sont vraiment très amusants et stimulants.
Je vous en partage un ; il s'agissait d'utiliser les cartes du tarot pour attribuer les rôles des personnages d'une petite historiette. La voici !
"Olympe marchait nonchalamment, consciente de sa souplesse et de sa
grâce. Les sourcils levés elle ne faisait aucun bruit, semblant
effleurer à peine les brins d’herbe. Passant à proximité d’une
flaque d’eau elle se pencha au-dessus, et le reflet de sa tête
vint obscurcir celui de la lune au-dessus d’elle. Elle constata ce
que tous s’accordaient à répéter à l’envi : elle était
d’une grande beauté.
D’un bond elle gravit les quelques mètres qui la séparaient du
balcon, émit un miaulement et, comme d’habitude, la servante
humaine lui ouvrit la porte en se répandant en mièvreries.
La chatte ne lui accorda pas un regard et se dirigea vers l’écuelle
que la servante avait eu le toupet de laisser vide. Olympe manifesta
son mécontentement et son humaine, dégoulinante d’excuses et de
chatteries, remplit le récipient vivement.
Olympe n’avait pas faim et s’installa sur le fauteuil que la
bipède venait de libérer : il était chaud.
La bipède délogée était partie s’occuper à cette activité
absurde qui consiste à arpenter le sol avec la machine hurlante qui
dévore ce qui est par terre. Grotesque.
Les yeux mi-clos la petite chatte semblait dormir. Pourtant elle
observait silencieusement l’être qu’elle haïssait le plus au
monde : le chien Érasme. C’était un être pataud, vif,
bruyant et aussi sot qu’un chien peut l’être, surtout quand il
est jeune.
Olympe ne comprenait pas comment ses sujets avaient pu commettre une
telle vilenie à son égard. Et ils jouaient avec cette brute !
Ils semblaient tous heureux, courant bêtement après des bâtons ou
des balles en remplissant l’air paisible de leurs cris stupides !
Olympe savait bien de quoi était capable un chien. Elle se frottait
la patte arrière droite chaque fois qu’elle y repensait. Elle se
souvenait fort bien de cette après-midi d’été où, jeune chatte,
elle musardait en découvrant le monde sans faire attention au
soudain silence qui l’avait environné. Elle n’avait compris que
quelques secondes avant d’être happée, quand les pattes de
l’affreux molosse martelaient le sol au galop. Sans réfléchir
elle avait bondi, s’était enfuie de toute la vitesse de son corps
fin et léger. Mais elle n’avait pu l’empêcher de donner un
terrible coup de dents dans sa patte arrière. Heureusement, le temps
d’assurer sa prise avait suffi à Olympe pour se dégager et finir
par se mettre à l’abri. Mais ce jour-là elle avait compris que le
monde était un endroit hostile et le chien un animal détestable.
Olympe s’était endormie pour de bon quand la porte d’entrée
s’ouvrit sur la soirée qui avait tourné à l’orage. Une jeune
humaine vigoureuse entra dans un souffle, se débarrassa de sa
fourrure, attrapa le journal et aperçu Olympe :
_ « Allez ouste ! Sac à puces ! » Et elle
accompagna ses paroles de tapes administrées avec le journal roulé
sur lui-même. Olympe tenta de protester, mais elle insista :
« Ouste te dis-je ! C’est le fauteuil des maîtres, va
jouer avec Érasme, pas de discussion ! »
Elle souleva la petite chatte d’une main et la déposa vivement
dans le couloir froid, tout près du panier d’Érasme trop heureux
d’avoir une camarade. L’humaine perfide ferma la porte.
Érasme rêvait de pouvoir nouer des relations de bonne amitié avec
Olympe qui régnait sur ce domaine depuis longtemps. Mais elle
continua à le dédaigner. Elle s’ennuyait ferme jusqu’à ce
qu’une grosse araignée noire, une tégénaire noire, surgit d’on
ne sait où. Elle était grosse comme une main d’enfant humain.
Érasme l’aperçu le premier, il se mit à japper. Olympe regarda
dans sa direction et décida de lui donner une leçon de vitesse,
elle le dépassa, Érasme la poursuivit, la tégénaire comprit que
sa dernière heure était venue, elle détalait de toute la vitesse
de chacune de ses huit pattes. « C’est beaucoup huit
pattes », songea Olympe au moment de la croquer, « mais
elles sont toutes petites ». Érasme lui donna une grosse
bourrade latérale qui lui fit cracher la bestiole et le chien lui
vola sa proie. Olympe le poursuivit dans l’autre sens en miaulant.
Érasme haletant ; la tégénaire se retrouva à nouveau à
terre, terrorisée, elle hurlait en langue arachnide qu’heureusement
nous n’entendons pas, tout en dérapant à force d’actionner
toutes ses pattes. Olympe allait la rattraper mais Érasme lui
redonna un grand coup d’épaule. La chatte mi-banane mi-pêche lui
assena un vigoureux coup de patte sur l’oreille et y prit beaucoup
de plaisir.
La porte du salon s’ouvrit sur le visage courroucé de la jeune
humaine :
_ « C’est bientôt fini ce vacarme ? Je ne veux plus
vous entendre ! »
Érasme était penaud, Olympe la toisait l’air de ne pas savoir à
quoi elle faisait allusion.
Dans l’obscurité de la porte refermée, pour la première fois,
Érasme s’adressa à Olympe : « Ça me fait rudement
plaisir de voir que tu savais jouer. J’étais inquiet pour toi qui
semblait toujours distante. J’avais peur que tu sois caniphobe
parce que je n’aurais pas pu être autre chose qu’un chien
vois-tu. Je te souhaite beaucoup de poursuites d’araignées
Olympe. »
La petite chatte ne répondit rien d’audible par pudeur. Émue,
elle alla s’installer dans les bras d’Erasme et prit la meilleure
place sur son coussin en signe d’amitié."
Quelques jours après avoir écrit ces pages j'ai lu "Demain les chats" de Bernard Werber et j'ai vu que ma nouvelle reprenait le même sujet : un chat comme sujet. Enfin. Aucune idée n'est réellement nouvelle en soi ou alors elles le sont toutes à leur manière.
J'espère que ça vous a plu !